Les Mille et Une Fiches
SESSION 2007

   
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CAPES de Lettres Modernes
ANCIEN FRANÇAIS

1990-2004

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 1996 - 1997 - 1998 - 1999 - 2000 - 2001- 2002 -2003 - 2004

2004 La Chanson de Roland, Genève, Droz, 2003, vers 1412-1437.

CX

1412. La bataille est merveilluse e pesant.
1413. Mult ben i fiert Oliver e Rollant,
1414. Li arcevesques plus de mil colps i rent,
1415. Li .XII. per ne s'en targent nïent,
1416. E li Franceis fierent cumunement.
1417. Moerent paien a millers e a cent :
1418. Ki ne s'en fuit, de mort n'i ad guarent;
1419. Voillet o nun, tut i laisset sun tens.
1420. Franceis i perdent lor meillors guarnemenz;
1421. Ne reverrunt lor peres ne parenz,
1422. Ne Carlemagne ki as porz 1es atent.
1423. En France en ad mult merveillus turment :
1424. Orez i ad de tuneire e de vent,
1425. Pluie e gresilz desmesureement;
1426. Chiedent i fuildres e menut e suvent,
1427. E terremoete ço i ad veirement :
1428. De Seint Michel del Peril josqu'as Seinz.
1429. Des Besençun tresqu'as porz de Guitsand.
1430. Nen ad recét dunt li murs fie cravent.
1431. Cuntre midi tenebres i ad granz;
1432. N'i ad clartét, se li ciels nen i fent.
1433. Hume ne l veit ki mult ne s'espoent.
1434. Dïent plusor : « Ço est li definement,
1435. La fin del secle, ki nus est en present».
1436. II ne le sevent, ne dient veir nïent :
1437. Ço est li dulors por la mort de Rollant.

QUESTIONS

1) Traduire le texte (5 points) .

2) Phonétique (3 points) :
Donner l'histoire phonétique complète de :
- cent (v. 1417), du latin centum ;
- peres (v. 1421), du latin patres.

3) Morphologie (4 points) :
Le présent de l'indicatif :
a. Relever et classer selon le système morphologique de l'ancien français les formes de présent de l'indicatif du texte, en donnant un paradigme complet pour chaque type.
b. Expliquer la formation et l'évolution du latin au français moderne du paradigme de veit (v. 1433).

4) Syntaxe (4 points) :
Étudier les propositions relatives du texte.

5) Vocabulaire (4 points) :

- merveilluse (v. 1412), merveillus (v. 1423);
- guarent(v. 1418).

2003 Le Roman de Thèbes, publié par G. Raynaud de Lage, Paris, Champion, 2002, vers 3745-3778.

3745. Athes parla premierement,
3746. filz fu a un roy d'Orient
3747. et chevalier de grant valor
3748. au roi servir por sa seror.
3749. « Rois, fet il, es tu fox ou yvres,
3750. qui pais veus faire et es delivres ?
3751. Tost puet on estre a mavés plet,
3752. mes cent dahaz ait qui ce fet
3753. devant que il n'em puisse mes
3754. ou qu'il soit pris ou de mort pres.
3755. Touz estes muez des l'autrier,
3756. que vous vi si felon et fier
3757. n'aviez baron si estot
3758. qui de pais osast dire mot.
3759. Or l'osfrez mout vilainement,
3760. mes Grieu n'en recevront neent,
3761. se vous ne forjurez la terre
3762. que vous ja mes n'en faciez guerre.
3763. Mauvés hom, ou as ton espoir ?
3764. Ja disoies tu l'autre soir
3765. que tant com tu vesquisses jor,
3766. ne leroies de terre un dor.
3767. Or la veus rendre sanz colee
3768. qu'en aies prise ne donnee.
3769. Miex te vient morir a honnor
3770. que tu vives a deshonnor.
3771. Fai ta gent armer par la vile,
3772. il seront bien soissante mile.
3773. Ainz qu'il soit jor, les requerrons
3774. et trestouz les desconfirons,
3775. car trouveron les endormis
3776. et de leur armes desgarnis.
3777. Des espees ferrons manois,
3778. ja contre nos n'aront defois. »

QUESTIONS

1) Traduire le texte (5 points) .

2) Phonétique (3 points) :
Donner l'histoire phonétique complète de :
- miex (v. 3769), du latin melius ;
- vient (v. 3769), du latin venit.

3) Morphologie (4 points) :
Les adjectifs qualificatifs :
a. Relever, classer selon le système morphologique de l'ancien français et décliner les adjectifs qualificatifs présents dans les vers 3745 à 3763.
b. Expliquer la formation et l'évolution du latin au français moderne du paradigme de grant (v. 3747).

4) Syntaxe (4 points) :
Étudier l'emploi du subjonctif dans le passage.

5) Vocabulaire (4 points) :
- fier (v. 3756);
- honnor (v. 3769).

2002   Le Livre du voir dit, Guillaume de Machaut, éd. Livre de poche, Lettres Gothiques

SUJET 1

1107. Li prinstemps vint biaus et jolis;
1108. Et je fui cointes et polis,
1109. Liés de cuer, gais et envoisiés,
1110. Et de tous mes maulz acoisiés,
1111. Bien abilliés et bien montés,
1112. Et d'espérance sourmontés
1113. Qu'aroie ce que desiroie,
1114. Du vëoir trop me defrioie.
1115. Si montai sur ma haguenee
1116. Grosse et grace et bien reposee,
1117. Si m'en alai par mi les champs
1118. Pour oyr des oisiaus les chans
1119. Et pour avoir l'air - quar, sans fable,
1120. Chose m'estoit moult profitable -
1121. Et aussi pour moy essaier
1122. Se je porroie chevauchier.
1123. Ce fu tout droit en mois d'avril
1124. Que cilz oisillons en l'abril
1125. Font leurs amoureuses tençons,
1126. Leurs doulz hoqués et leurs chansons;
1127. Si me mis delez un aunoy.
1128. Mais unques déduit si biau n'oy
1129. Comme de ces doulz oiselés:
1130. La estoit li rousignolés
1131. Qui sur tous se faisoit oyr,
1132. Dont moult fist mon cuer resjoÿr;
1133. En ma vie déduit n'os tel.
1134. Mais je m'en reving a l'ostel
1135. Pour le chaut qui ja la rousee
1136. Abatoit qui estoit levee.

QUESTIONS

1) Traduire le texte (5 points) .

2) Phonétique (3 points) :
Donner l'histoire phonétique complète de :
- vëoir (v. 1114) du latin videre;
- chansons (v. 1126) du latin cantiones.

3) Morphologie (4 points) :
a. Relever et classer les passés simples du texte selon le système de l'ancien français.
b. Donner le paradigme de mis (v. 1127). Expliquer la formation de ce paradigme et étudier son évolution jusqu'au français moderne.

4) Syntaxe (4 points) :
Étudier la syntaxe de l'infinitif dans le texte.

5) Vocabulaire (4 points) :
- cointes (v. 1108);
- ostel (v. 1134).

 

SUJET 2

1061. Je ne me puis saouler
1062. De penser,d'ymaginer
1063. ..Que je ferai
1064. Ne quel manière j'aray,
1065. ..Quant le vis cler
1066. De ma dame qui n'a per
1067. ..Premiers verrai.

1068. Certains sui que prins serai
1069. Si fort que je ne sarai
1070. ..A li parler,
1071. Et que sans froit tremblerai
1072. Et sans chaleur suerai,
1073. ..Et souspirer
1074. Me faurra et recoper
1075. Mes souspirs pour moy celer;
1076. ..La n'oseray
1077. Mot sonner : pour cen lairai
1078. ..Amours ouvrer,
1079. Qui scet comment sans fausser
1080. ..L'aim de cuer vray.

..... Je ne me puis saouler, etc.

1081. Hé ! Dieus ! comment porterai
1082. Le tresdoulz amoureus rai
1083. ..Dou regarder
1084. De ses doulz yeulz, je ne sai,
1085. Quar assez a porter hai
1086. ..Des maulz d'amer :
1087. Vers eulz ne porray durer,
1088. Et pour telz cops endurer
1089. ..Flebe me sai;
1090. S'Espoirs, qui scet mon esmai,
1091. ..Resconforter
1092. Ne me vient, sans arrester
1093. ..Me partirai

QUESTIONS

1) Traduire le texte (5 points) .

2) Phonétique (3 points) :
Donner l'histoire phonétique complète de :
- chaleur (v. 1072) du latin calorem;
- sonner (v. 1077) du latin sonare.

3) Morphologie (4 points) :
a) Classer et étudier les formes de futur du texte selon le système de l'ancien français.
b) Donner le paradigme de verrai(v. 1067). Expliquer la formation de ce paradigme et étudier son évolution jusqu'en français moderne.

4) Syntaxe (4 points) :
Étudier les propositions subordonnées contenues dans le texte.

5) Vocabulaire (4 points) :
- penser (v. 1062);
- dame(v. 1066).

2001   Merlin, Robert de Boron, éd. A. Micha, Genève, Droz, 2000, § 41, l. 13 - 35

Un baron jaloux obtient du roi l'autorisation de mettre Merlin à l'épreuve.

            Quant cil ot le congié le roi, s'en fu molt liez, quar 
       il estoit a la veue dou siecle molt saiges hom et engi-
15   gnos et plains de felenie et bien poestis et pleins de 
       grant richesce et bien emparantez. .I. jor si vint a 
       Merlin en la cort, si li fist molt grant joie et molt bel 
       semblant et si l'apela devant le roi a consoil et le 
       trest a une part. A ce consoil n'ot que .XXV. homes. 
20   Et cil dist le roi : "Vez ci Merlin qui est uns des plus 
       saiges hom dou monde et de meillor consoil, sire. Et 
       je ai oï dire que il dist a Vertigier sa mort et que il 
       morroit par vostre feu, et il si fist. Por quoi je vos 
       pri et a touz ces autres qui ci sont, por dieu, quar 
25   vos savez bien que je sui malades, que vos li priez, 
       s'il vos plaist, qu'il me die de quel mort je morrai, se 
       il le set : quar je sai bien que, se il veult, que il le 
       me puet bien dire." Et il en prient tuit Merlin. Lors 
       respondi Merlins qui toute la parole de lui ot entendue 
30   et sot bien l'envie et le mauvais cuer que il portoit, 
       si dist ce que il savoit bien que voirs estoit. "Sire, 
       dist Merlins, vos m'avez prié que je vos die de vostre 
       mort. Je la vos dirai : ce sachiez bien que le jor que 
       vos morroiz vos charroiz d'un cheval et vos briseroiz 
35   le col ; et einsis partiroiz le jor de vie."

QUESTIONS

1) Traduire le texte (5 points) .

2) Phonétique (3 points) :
Donner l'histoire phonétique complète de : 
- joie
(l. 17), du latin gaudiam ;
- semblant (l. 18), du latin simulantem.

3) Morphologie (4 points) :
a) Relever et classer les noms communs masculins du texte selon le système de l'ancien français.
b) Donner le paradigme de sire (l. 21). Expliquer la formation de ce paradigme et son évolution jusqu'en français moderne.

4) Syntaxe (4 points) :
Étudier l'emploi de que dans le texte.

5) Vocabulaire (4 points) :
Étudier :
- semblant (l. 18) ;
- consoil (l. 18, 19, 21).

 

2000   Raoul de Cambrai, éd. Lettres Gothiques, 1996, vers 1923 - 1951

"Baron, dist W(edes), nobile chevalier,
hons sans mesure, (il) ne vaut un alier.
Li quens R(aous) fait forment a proisier,            1925
niés est le roi qi France a a baillier.
Se l'ocions par no grant encombrier
(ja) l'empereres mais ne nos avra chier ;
toutes nos terres nos fera essilier
et s'il nos puet ne tenir ne bailie(r),                    1930
il nos fera toz les menbres tranchier.
Car li faisons un mesaige envoier
qe de nos terres se traie un poi arier ;
voist en la soie, por Dieu le droiturier -
cil l'en doinst goie qi tot a a jugier !                    1935
S'on li fait chose dont doie courecier
nos l'en ferons droiture sans targier,
ne de sa terre un seul point ne le qier -
ains li volrons de la nostre laissier ;
puis referons l'eglise et le mostier                        1940
q'il fist a tort ardoir et graaillier,
aiderons li s'autre guere baillier
et le Mancel del païs a chacier,
et pardonrons l'amende de Bernier.
- Dieu ! dist Y(bers), cui porrons envoier ?        1945
- Je irai, sire", ce li a dit Bernier.
Oit le li peres, prist soi a courecier.
"Par Dieu, lechieres, trop estes prisa(u)tier !
Raler i viex - batus i fus l'autrier !
S'or i estoies, ja volroies tencier -                      1950
tos nos porroies no droit amenuisier."

QUESTIONS

1) Traduire le texte (5 points) .

2) Phonétique (3 points) :
Donner l'histoire phonétique complète de :
 - roi, du latin regem (v. 1926) ;
 - jugier, du latin judicare (v. 1935).

3) Morphologie (4 points) :
a) Relever et classer les formes de futur simple de l'indicatif dans le texte, en justifiant le classement adopté.
b) Étudier la formation et l'évolution du paradigme correspondant à volrons (v. 1939).

4) Syntaxe (4 points) :
L'emploi de l'article dans le texte.

5) Vocabulaire (4 points) :
Étudier :
- tort (v. 1941) et  droit (v. 1951) ;
- courecier (v. 1936, 1947).

 

1999   Le Conte du Graal (Perceval), Chrétien de Troyes, éd. F. Lecoy, Champion, 1975 , vers 2825-2859.

   Ensi parloient* andemantre,
et Clamadex an la cort antre,
qui vint prison a cort tenir,
armez si com il dut venir,                    2828
et dist : "Dex saut et beneïe
le meillor roi qui soit an vie,
le plus franc et le plus gentil,
si le tesmoignent trestuit cil                  2832
devant cui ont esté retraites
les granz proesces qu'il a faites!
Or antandez, fet il, biau sire,
que mon mesage vos voel dire.            2836
Ce poise moi, mes tote voie
reconuis ge que ça m'anvoie
uns chevaliers qui m'a conquis.
De par lui m'estuet randre pris            2840
a vos, que nel puis amander.
Mes qui me voldroit demander
se je sai comant il a non,
je li respondroie que non,                    2844
mes tex noveles vos an cont
que ses armes vermoilles sont
et si li donastes, ce dist.
- Amis, se Damedex m'aïst,                2848
fet li rois, di moi verité,
se il est an sa poësté,
delivres et heitiez et sains.
- Oïl, toz an soiez certains,                 2852
fet Clamadex, biax sire chiers,
com li plus vaillanz chevaliers
a cui je onques m'acointasse,
et si me dist que je parlasse                2856
a la pucele qui li rist,
dont Kex si grant honte li fist
c'une joee li dona.

* le roi Arthur et sa cour.

QUESTIONS

1) Traduire le texte (5 points) .

2) Phonétique (3 points) :
Donner l'histoire phonétique complète de :
- sains , du latin sanus (v. 2851) ;
chiers, du latin carus (v. 2853).

3) Morphologie (4 points) :
a) Relever les adjectifs qualificatifs du passage en en donnant un classement justifié en fonction du système de l'ancien français.
b) Donner la déclinaison complète de meillor (v. 2830). Expliquer la formation et l'évolution de la flexion du latin au français moderne.

4) Syntaxe (4 points) :
Étudier la subordination du vers 2842 à la fin du passage.

5) Vocabulaire (4 points) :
Étudier :
- prison (v. 2827) ;
- proesces (v.2834).

 

1998   La Vie de Saint Louis, Joinville, éd. J. Monfrin, Paris, Classiques Garnier, 1997, § 432-433

432. En ce point que je estoie illec, le roy se vint apuier a mes espaules et me tint ses
.II. mains sur la teste ; et je cuidai que ce feust mon seigneur Phelippe d'Anemos, qui 
trop d'ennui m'avoit fait le jour pour le conseil que je li avoie donné, et dis ainsi : 
"Lessiés moy en pez, mon seigneur Phelippe !" Par mal avanture, au tourner que je 
fiz ma teste, la main le roy me cheï parmi le visage, et cognu que c'estoit le roy a une 
esmeraude que il avoit en son doy. Et il me dit : "Tenez vous tout quoy ; car je vous 
weil demander comment vous feustes si hardi que vous, qui estes un joennes hons, 
m'osastes loer ma demouree encontre touz les grans hommes et les sages de France, 
qui me looeint m'alee. - 433. Sire, fis je, se je avoie la mauvestié en mon cuer, si ne 
vous loeroie je a nul fuer que vous la feissiés. - Dites vous, fist il, que je feroie que 
mauvaiz se je m'en aloie ? - Si m'aïst Diex, Sire, fis je, oÿl." Et il me dit : "Se je 
demeure, demourrez vous ?" Et je li dis que oÿl, "se je puis ne du mien ne de l'autrui. 
- Or soiés tout aise, dit il, car je vous sai moult bon gré de ce que vous m'avez loé : 
mes ne le dites a mullui."

QUESTIONS

1) Traduire le texte (5 points) .

2) Phonétique (3 points).
Donner l'histoire phonétique complète de :
- conseil, du latin consilium (l. 3) ;
- loer, du latin laudare (l. 8).

3) Morphologie (4 points) :
a) Relever et classer les passés simples du passage ;
b) Étudier la formation et l'évolution jusqu'en français moderne du paradigme correspondant à tint (l. 1).

4) Syntaxe (4 points) :
Étudier en une réponse composée l'emploi du subjonctif et du conditionnel dans le texte.

5) Vocabulaire (4 points) :
Étudier :
- teste (l. 2) ;
- avanture (l. 4).

 

1997   Le Bel Inconnu, Renaut de Beaujeu, éd. G. Perrie Williams.

Et cil* isnelement descent,
Uns damoisials son ceval prent.                    2700
Lors furent vallet apresté,
Qui maintenant l'ont désarmé.
Après redesarment Lanpart.
Elie se trait d'une part
Et Lanpars l'enbrace et acole ;                     2705
A une part a li parole.
Andoi molt grant joie faisoient,
Que molt bon chevalier estoient,
Car senescals sa dame estoit :
Lanpars por ce molt l'oneroit.                      2710
Puis li demande qu'ele fait.
Cele li respont entresait :
"Le roi Artus a cort trova
A Carlion, a lui parla
A ma demoisele en aïe ;                              2715
Dou tot cuida estre esbahie,
Quant cest chevalier me carca
Qui orendroit a vos josta.
Il me siet bien, tot a mon gré.
Bien l'ai en la voie esprové                          2720
Es grans estors u veü l'ai ;
certes, milor de lui ne sai.
Or li portés molt grant honnor,
Car il est molt de grant valor."
Quant Lanpars l'ot, grant joie en a.             2725
vers lui maintenant s'en ala,
Maintenant le va acoler ;
Molt bel sanblant li fait mostrer :
"Sire, molt avés enduré
Et molt travillié et pené ;                            2730
Molt avés fait a mon plaisir
As estors que savés furnir.
Or est bien tans de reposer."

* cil désigne le Bel Inconnu qui vient de remporter le combat contre Lampart ; ce dernier lui offre alors l'hospitalité.

QUESTIONS

1) Traduire le texte (5 points) .

2) Phonétique (3 points) :
Donner l'histoire phonétique jusqu'en français moderne de :
- ceval, du latin caballum (v. 2700) ;
- valor, du latin valorem (v. 2724).

3) Morphologie (4 points) :
a) Relever et classer en fonction du système morphologique de l'ancien français les présents de l'indicatif du texte.
b) Donner le paradigme de sai (v. 2722), savés (v. 2732) ; expliquer la formation de ce paradigme et son évolution jusqu'en français moderne. 

4) Syntaxe (4 points) :
Étudier l'emploi et le non-emploi de l'article dans le passage.

5) Vocabulaire (4 points) :
Etudier :
- vallet (v. 2701) ;
- trait (v. 2704).

 

1996   Les lais  - Marie de France, éd. J. Rychner, 1980, v. 39-72

Des chambres u la dame jut,
Quant a la fenestre s'estut,                    40
Poeit parler a sun ami
De l'autre part, e il a li,
E lur aveirs entrechangier
E par geter e par lancier.
N'unt gueres rien ki lur despleise,          45
Mut esteient amdui a eise,
Fors tant k'il ne poent venir
Del tut ensemble a lur pleisir,
Kar la dame ert estreit gardee
Quant cil esteit en la cuntree.                50
Mes de tant aveient retur,
U fust par nuit u fust par jur,
Qu'ensemble poeient parler.
Nuls ne poeit de ceo garder
Qu'a la fenestre n'i venissent                55
E iloec ne s'entreveïssent.
Lungement se sunt entreamé,
Tant que ceo vint a un esté,
Que bruil e pré sunt reverdi
E li vergier ierent fluri ;                        60
Cil oiselet par grant duçur
Mainent lur joie en sum la flur.
Ki amur ad a sun talent,
N'est merveille s'il i entent !
Del chevalier vus dirai veir :                65
Il i entent a sun poeir,
E la dame de l'autre part,
E de parler e de regart.
Les nuiz, quant la lune luseit
E ses sires cuchiez esteit,                    70
De juste lui sovent levot
E de sun mantel s'afublot.

QUESTIONS

1) Traduire le texte (5 points) .

2) Phonétique (3 points) :
Donner l'histoire phonétique jusqu'en français moderne de :
- pleisir, du latin placere (v. 48) ;
- ensemble, du latin insimul (v. 53).

3) Morphologie (4 points) :
L'imparfait de l'indicatif :
a) Faire le relevé et le classement justifié des formes du texte en fonction du système désinentiel ;
b) Donner le paradigme de poeit (v. 41). Expliquer sa formation et son évolution jusqu'en français moderne 

4) Syntaxe (4 points) :
Étudier le pronom personnel dans les vers 39 à 56.

5) Vocabulaire (4 points) :
Étudier : Talent (v. 63) et merveille (v. 64).

 

1995   La Mort le Roi Artu (éd. jean Frappier)

Morgane se présente devant le roi Arthur, qu'elle héberge dans son château.

1                                    "Sire, ge vos demant un don en guerredon de touz
les servises que ge onques
            vos feïsse. - Et ge le vos doing, fet li rois, se ce est chose que ge 
puisse doner. - Vos le me
            poez bien doner, fet ele ; et savez vos que ce est ? ce est que vos
sejorneroiz huimés ceans
            et demain, et sachiez, ce vos estiez en la meilleur cité que vos 
aiez, ne seriez vos mie mielz
5          serviz ne mieuz aiesiez que vos seroiz ceanz ; car ja ne savroiz nule 
chose deviser de
            bouche que vos n'aiez. "Et il respont que il remeindra, puis qu'il l'a 
otroié. "Sire, fet ele,
            vos estes en la meson del siecle ou l'en vos desirroit plus a veoir ;
et sachiez que il n'a fame
            el monde qui plus vos aint que ge faz ; et ge le doi bien fere, se del
tout ne faut charnel
            amour. - dame, fet li rois, qui estes vos qui tant m'amez, si comme
vos dites ? - Sire, fet ele,
10        je sui vostre plus charnel amie et si ai a non Morgain et sui vostre
suer ; et vos me deüssiez
            mieuz connoistre que vos ne me connoissez. "Et il la regarde et la 
connoist ; si sault sus del
            lit et li fet la greigneur joie del monde et li dist que il estoit trop 
liez de ceste aventure que
            Dex li avoit donee trover. "Car ge vos di, bele suer, fet li rois, que
ge cuidoie que vos fussiez
            morte et trespassee de cest siecle ; et puis que il plest a Dieu que
ge vos ai trouvee saine et 
15        haitiee, je vos emmenrai avec moi a Kamaalot, quant ge me partirai
de ceianz, si que vos
            demorroiz desormés en avant a cort et feroiz compaignie a la
reïne Guenièvre ma fame."

QUESTIONS

1) Traduire le texte (5 points) .

2) Phonétique (3 points) :
Donner l'histoire phonétique jusqu'en français moderne de charnel, du latin carnalem (l. 8) et de lit, du latin lectum (l. 12).

3) Morphologie (4 points) :
Étudier le futur simple de l'indicatif :
a) Relever et classer les formes rencontrées dans le texte.
b) Expliquer la formation et l'évolution jusqu'en français moderne du paradigme correspondant à emmenrai (l. 15).

4) Syntaxe (4 points) :
La syntaxe de la proposition subordonnée relative dans le passage.

5) Vocabulaire (4 points) :
Siecle (l. 7 et 14) et cort (l. 16).

1994 Aliscans, publié par Claude Régnier, Paris, Champion, 1990, laisse XXX, v. 1075-1107.

1075. Li cuens Guillelmes soz l'arbre retorna.
1076. Tote la nuit o son neveu veilla;
1077. Si bons chevaus ne but ne ne menja.
1078. Li quens remonte des que l'aube creva,
1079. A Damedeu son neveu commanda;
1080. De sor Baucent .IIII. foiz le besa.
1081. Sachiez de voir a enviz le lessa:
1082. Au departir mout tendrement plora,
1083. Sovente foiz ariere regarda.
1084. La nuit fu coie et la lune leva,
1085. A l'anjornant un petit espoissa.
1086. Soef chevauche, quar forment se douta.
1087. L'aube est crevee et li jorz esclaira,
1088. Et Sarrazin Guillelme ont perçu ja.
1089. Il li escrïent : « Danz gloz, or i parra
1090. De vostre Deu com il vos aidera !»
1091. Lors l'acuillirent et deça et dela;
1092. Et li ber fuit, qui pas ne s'oublia;
1093. En poi de terme Baucent les trespassa.
1094. Li quens Guillelmes a esperons s'en va,
1095. Enson un val .XV. rois encontra.
1096. Quant voit li quens que plus païens n'i a,
1097. Escordement Damedeu reclama,
1098. Tres bien s'afiche parmi els s'en ira,
1099. Et, se Deu plest, outre s'en passera.
1100. Cuer li revint, hardement recovra;
1101. Saint Esperit la force li doubla;
1102. Ne tant ne quant li quens ne s'esmaia,
1103. Les .XV. rois un point ne redouta;
1104. Le cheval broche, laresne li lacha;
1105. Tint une lance, que en l'Archant trova;
1106. L'ente fu roide et li fers en trancha;
1107. Devers les rois Baucent esperona.

QUESTIONS

1) Traduire le texte (5 points) .

2) Phonétique (3 points) :
Donner l'histoire phonétique jusqu'en français moderne de:
- neveu (vers 1076), latin nepotem;
- jorz (vers 1087), latin diurnus.

3) Morphologie (4 points) :
a. Indiquer à quel type de déclinaison appartient chacun des substantifs masculins soulignés dans le texte.
b. Donner, avec les explications nécessaires, la déclinaison de ces substantifs.
c. Qu'en reste-t-il en français moderne?

4) Syntaxe (4 points) :
a. Étudier ne dans le passage.
b. Expliquer la syntaxe des vers 1081 et 1098.

5) Vocabulaire (4 points) :
ber (vers 1092);
esmaia (vers 1102).

 

1993  Le testament - Villon (Oeuvres, éd. A. Longnon)

XLVII   Advis m'est que j'oy regreter
             La belle qui fut hëaulmiere,
             Soy jeune fille soushaitter                    455
             Et parler en telle maniere :
             "Ha! vieillesse felonne et fiere,
             Pourquoi m'as si tost abatue ?
             Qui me tient, qui, que ne me fiere,
             Et qu'a ce coup je ne me tue ?            460

XLVIII  "Tollu m'as la haulte franchise
             Que beaulté m'avoit ordonné
             Sur clers, marchans et gens d'Eglise :
             Car lors il n'estoit homme né
             Qui tout le sien ne m'eust donné,           465
             Quoy qu'il en fust des repentailles,
             Mais que luy eusse habandonné
             Ce que reffusent truandailles.

XLIX    "A maint homme l'ay reffusé,
             Qui n'estoit a moy grant sagesse,            470
             Pour l'amour d'un garson rusé,
             Auquel j'en feisse grande largesse.
             A qui que je feisse finesse,
             Par m'ame, je l'amoye bien !
             Or ne me faisoit que rudesse,                475
             Et ne m'amoit que pour le mien.

L           "Si ne me sceut tant detrayner,
             Fouler aux piez, que ne l'aymasse,
             Et m'eust il fait les rains trayner,
             S'il m'eust dit que je le baisasse,            480
             Que tous mes maulx je n'oubliasse.
             Le glouton, de mal entechié,
             M'embrassoit... J'en suis bien plus grasse !
             Que m'en reste-t-il ? Honte et pechié.

QUESTIONS

1) Traduire le texte (5 points) .

2) Phonétique (3 points) :
Donner l'histoire phonétique jusqu'en français moderne de ame, du latin animam (v. 474) et de pechié, du latin peccatum (v. 484).

3) Morphologie (4 points) :
a) Commenter (y compris du point de vue de la graphie) la forme feiz (v. 472). La replacer dans le paradigme correspondant, en fournissant, au sujet de ce dernier, toutes les explications nécessaires.
b) Commenter (y compris du point de vue de la graphie) la forme feisse (v. 473). la replacer dans le paradigme correspondant, en fournissant, au sujet de ce dernier, toutes les explications nécessaires.
            On poursuivra l'étude jusqu'en français moderne.

4) Syntaxe (4 points) :
Que dans l'extrait.

5) Vocabulaire (4 points) :
Franchise (v. 461) et clers (v. 463).

1992 Philippe DE RÉMI, Jehan et Blonde, édition Sylvie Lécuyer, Champion, 1984, v. 1533-1564.

1533. Li dui amant dont je parol
1534. Ne vaurrent pas estre si fol
1535. Que bien souffrir ne s'en vausissent
1536. Pour doute que plus n'i perdissent.
1537. Çou qu'il en font prendent en gré;
1538. Tant leur vient li baisiers en gré,
1539. Li acolers et li sentirs,
1540. Li parlers, li biaus maintenirs,
1541. Li compaigniers et li soulas
1542. Qu'il ont ensamble bras a bras
1543. Que del seurplus bel se confortent
1544. Et en esperant se deportent.
1545. Quant li tans venra et li lieus,
1546. S'il a en amours autres jeus
1547. Que ciaus que vous ai devisés,
1548. Ils en seront bien avisés.
1549. Selonc le tans, la tempreüre :
1550. N'est pas leur amor si seüre
1551. Que il n'aient mout grant mestier
1552. D'aus mout tres soutilment gaitier.
1553. Car se il sont aperceü,
1554. Cruelment seront deceü.
1555. Se li quens savoit leur afaire,
1556. Tost en avroient grant contraire,
1557. S'ont grant mestier d'aus bien garder.
1558. C'est che ki leur fait couarder,
1559. C'est che qu'il criement et qu'il doutent,
1560. Et pour çou, quanqu'il poeent, boutent
1561. Les voloirs de leur cuers arrière
1562. C'on ne perçoive leur maniere,
1563. L'amour qui dedens est fourmee
1564. Sans ja mais estre defourmee.

QUESTIONS

1) Traduire le texte (5 points) .

2) Phonétique (3 points) :
Donner l'histoire phonétique de:
- biaus (vers 1540), latin bellus,
- quens (vers 1555), latin comes.

3) Morphologie (4 points) :
Étudier, à partir de parol (vers 1533), font (vers 1537), vient (vers 1538), doutent (vers 1559) et poeent (vers 1560), la formation et l'évolution du présent de l'indicatif.
Donner, avec les explications nécessaires, le paradigme de vient (vers 1538).
L'étude sera conduite jusqu'au français moderne.

4) Syntaxe (4 points) :
Étudier la syntaxe du sujet dans le texte (du vers 1533 au vers 1548).

5) Vocabulaire (4 points) :
- devisés (vers 1547);
- garder (vers 1557).

 

1991 Le Roman de Tristan en prose, édition de Philippe Ménard, Droz, tome I, paragraphe 132, p. 202-203.

§132. Que vous diroie je? La feste fu seüe et racontee par tout le
roiaume de Logres entierement et pour ce i vinrent tout li cevalier et
povre et rice, que nus n'i remest ne dame ne damoisele autresi. A
cele feste vint li cevaliers ki maris estoit de la dame dont je vous ai
conté que li rois Uterpandragon amoit tant, et amena sa
feme en sa compaingnie. Li cevaliers estoit apelés Argan et la dame
avoit non Diagenne. Quant li rois Uterpandragon vit la dame, il le
rechut mout belement, com cele k'il amoit plus que mestiers ne li
fust assés. Que vous diroie je? A cele feste parla tant li rois a la
dame qu'ele dist qu'ele voloit bien avoir s'amistié et sa com-
paingne, se on le peüst faire en tel maniere que ses maris ne le seust.
Que vous diroie je? Tant fist li rois Uterpandragon k'il ot la dame et
le connut et tant li plot la compaingnie de la dame que volentiers
l'eüst li rois retenue, mais ele le laissa pour la parole de la gent et
meïsmement pour ce qu'ele n'en fust blasmee. Argan, ki de tout ce
ne savoit riens, s'en retourna en son païs, liés et joians de grant
maniere de ce k'il avoit veü que li rois Uterpandragon l'avoit receü
si bel et si hounereement, ne il ne quidast pas legierement que li rois
li eüst faite tele vergoigne. S'il le seust, il mesist puis painne et
traveil de vengier s'ent, s'il en venist em point et en lieu, a ce k'il
estoit cevaliers de haute prouece et de grant hardement plains. Li
rois Uterpandragon, ki remés estoit avoec sa maisnie, avoit si la
dame en son cuer k'il ne le pooit oublier en nule maniere du monde :
s'i l'avoit amee merveilleusement devant k'il le conneüst, il l'ama
puis assés plus. Et pour ce dist il a soi meïsmes k'il iroit sejourner
cele part u la dame demouroit, et puis feroit tant en aucune maniere
k'il aroit la dame du tout a son conmandement et anchois feroit il
metre le chevalier a mort k'il n'acomplist son penser.

QUESTIONS

1. TRADUIRE LE TEXTE

2) Phonétique (3 points) :
Donner l'histoire phonétique jusqu'en français moderne de:
- point (ligne 20), latin punctum
- cuer (ligne 23), latin cor

3) Morphologie (4 points) :
Etudier le passé simple de l'indicatif en fondant la présentation sur un classement commenté des exemples contenus dans les lignes 1-13 (jusqu'à blasmee).
Donner, avec les explications nécessaires, le paradigme correspondant à vit (ligne 7).
L'étude sera conduite jusqu'au français moderne.

4) Syntaxe (4 points) :
Justifier l'emploi du subjonctif dans le texte.

5) Vocabulaire (4 points) :
- quidast (ligne 18);
- traveil (ligne 20);
- sejouner (ligne 25).

 

1990   Le Roman de Renart, branche X, éd. M. Roques

10820   Tant con li vilains se demente,
             Tiemer, se asnes espanois,
             qui ne crient ne nois,
             oï dementer son saignor :
             si n'ot onques mes duel grangnor.
10825   De lui qu'il a savra, s'il puet :
             "Sire, fait-il, il nos estuet
             bien conseil prendre et demender,
             qu'on ne porroit pas amander
             ainsint nostre chose ne croistre.
10830   Le vaillant d'un povre chevestre
             Renart, s'il puet, ne vos laira,
             qu'il envers vos felon cuer a
             et s'entente a vos essillier ;
             mout bien vos savrai conseillier
10835   et Renart sera abetez,
             se loiauement me prometez 
             a doner une mine d'orge.
             - Tiemers, fait Lietart, par saint Jorge
             vos avrez un poi de farine,
10840   de mon orge plaine une mine,
             se par vos estoit engingniez
             li felons rous, li rechigniez ;
             si te donrai le chardon tandre.
             Et qui est qui le porroit prandre
10845   n'enginnier le laron revoit
             qui tot anble ce que il voit ?
             Tant angingne oisiaus et bestes
             sovent lor fait croistre les testes.

QUESTIONS

1) Traduire le texte (5 points).

2) Phonétique (3 points) :
Donner l'histoire phonétique jusqu'en français moderne de : conseil, du latin consilium (v. 10827 ) et voit du latin videt (v. 10846 )

3) Morphologie (4 points) :
Étudier à partir des exemples du texte, la formation et l'évolution du futur de l'indicatif. 
Donner, avec les explications nécessaires, le paradigme de l'un d'entre eux. L'étude sera conduite jusqu'au français moderne.

4) Syntaxe (4 points) :
Étudier l'emploi et le non-emploi de l'article dans ce texte.

5) Vocabulaire (4 points) :
Étudier vilains (v. 10820), entente (v. 10833), enginnier (v. 10845)




   
   
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