LES FUTURS
synchronie - diachronie

NB : voyelle tonique en majuscule rouge

 

PREMIÈRE PARTIE : RELEVÉ ET CLASSEMENT (Étude synchronique)

Temps de formation romane, le futur et le conditionnel sont formés sur l'infinitif atone du verbe, auquel on ajoute pour le futur les formes toniques réduites de habeo au présent de l'indicatif, et pour le conditionnel, les formes toniques réduites de habeo à l'imparfait de l'indicatif.
L'analyse distingue l'étude des bases et celle des désinences.

1) RELEVÉ DES OCCURRENCES DU PASSAGE

2) ANALYSE

A) ÉTUDE DES BASES
Le classement se fait selon l'origine latine du verbe.

a) Verbes issus des verbes latins en -are
Base + e + r + désinences 
: assourdissement de -a- devenu prétonique en e sourd, qui se maintient devant -r- : chanter, amer, prover...
Base + r + désinences : amuïssement de la voyelle assourdie entre deux -r- : durer, demorer, désirer, comparer, jurer...
                                                                                              entre -n- et -r- : doner, mener...
                                                                                              après une diphtongue ou une voyelle : envoier, prier, mercier...
Base + e + rr + désinences : interversion (métathèse) de -r- dans les séquences -rer- ( avec parfois réduction à -er-) : plorer, entrer...

Au XVe, réapparition des formes en -e-, refaites sur l'infinitif, mais les formes sans -e- restent en usage jusqu'au XVIIe inclus.
Dans les futurs à base terminée par une voyelle, maintien de ce -e- dans la graphie seulement (
prierai, remercierai...).
Disparition des formes avec métathèses dans le courant du XVe.

b) Verbes issus des verbes latins en -ire

Base + r + désinences : amuïssement de -i- devenu prétonique : morir, ferir, ouïr, haïr, fouir...
                                           avec possibilité : d'un phénomène d'épenthèse entre -n et -r, -l et -r : venir, tenir, maintenir, devenir, bollir, saillir, falloir...
                                                                    assimilation de -d intervocalique par -r : ouïr, haïr, fouir...
Base + i + r + désinences : le i, prétonique interne,  est maintenu ou rétabli : fenir, fleurir, dormir, guerpir, partir, mentir...+ verbes ci-dessous refaits.
Base + e + r + désinences : affaiblissement de la prétonique en voyelle de soutien après le groupe consonne + -r : sofrir, ovrir, covrir, offrir...
                                                variante B + e + rr  + désinences par métathèse.

Faire remarquer les verbes qui ont connu par la suite un changement de base.
A partir du XIIIe-XIVe, réfection des futurs en -udr en -iller- / -illir-.

c) Verbes issus des verbes latins en -ere
e, prétonique interne, disparaît, avec possibilités de modification de la base.
Base + r + désinences : sans modification de la base
                                                                - r + r > -rr : paroir, querre...
                                                                - b, p, w > v : vivre, avoir, savoir, movoir, sivre...
                                                                  - conservation de t/d appuyé sur consonne + r : metre, perdre, battre, prendre, rendre, attendre, vendre...
                                        avec modification
de la base :  
                                                                - assimilation de d/t intervocalique par -r : pooir, veoir, croire...
                                                                - consonne d'épenthèse : manoir, remanoir, respondre, semondre, criembre, feindre, plaindre, vaincre, tordre...
                                                                - vélarisation de l et vocalisation épenthèse : voloir, valoir, soloir, doloir, toldre, moldre...
                                                                - fausse palatalisation de k/g + r > -ir : dire, traire, lire, destruire, duire et composés, plaisir, taisir, gesir...
Base + e + r + désinences : apparition d'un e svarabhaktique après une labiale ou une dentale, dans les textes picards, lorrains ou anglo-normand.

Faire remarquer les verbes qui ont connu par la suite un changement de base (souvent suite à une réfection de l'infinitif lui-même).
Avoir : la base aur- viendrait d'une évolution particulière : spirantisation de b, puis affaiblissement en w et vocalisation en u au contact de -r- lors de la chute de la voyelle prétonique.Cette base supplante avr- à partir du XVIe.
Savoir : base saur- analogique de avoir. S'impose au XVIe.

d) Cas particuliers
Quelques verbes ont une base propre au futur.
FAIRE
: infinitif du LV *fare + traitement du -a- initial comme une prétonique interne dans des syntagmes du type *si/non farayyo.

LAISSIER
:  - formes étymologiques en lesserai, as...
                      - formes en lerai, as.... qui viendraient d'un infinitif lere, laire, ou laier, formé par analogie sur faire. Disparaît après le FC.

ALLER
: viennent du LC ire et non de *allare. On peut donc le ranger dans les verbes issus des verbes latins en -ire.

ESTRE
:  - formes étymologiques, avec une série atone ( er / ers / ert / ermes / - / erent )
                                                              une série tonique ( ier / iers / iert / iermes / - / ierent )
                                                                                    issues du LC ero, eris, erit, erimus, eritis, erunt.
                - formes analytiques ( serai, as, a....), à partir de l'infinitif du LV *essere (aphérèse de la première syllabe).
Le paradigme étymologique est défectif, les formes se confondent avec l'imparfait étymologique. Son emploi est déjà rare au XIIe. Au XIVe, il est supplanté par le paradigme analytique.
On trouve aussi des formes de futur formées sur une base estr- ou ess-, mais cela est très peu représenté.

A) ÉTUDE DES DÉSINENCES
Pour le conditionnel, il s'agit des désinences de l'imparfait.
Il faut étudier rapidement les désinences présentes dans le corpus.

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DEUXIÈME PARTIE : ÉTUDE D'UN PARADIGME PRÉCIS (Étude diachronique)

Introduction : identification du verbe, de son groupe, de la personne de conjugaison.

I) Paradigme en LC / en LV  / en AF / en FM

II) Du latin à l'ancien français
1) Étude de la base
2) Étude des désinences

III) De l'ancien français au français moderne
1) Étude de la base
2) Étude des désinences

Conclusion 

N.B. : Vous pouvez donner les paradigmes en deux temps : dans la partie qui étudie l'évolution du latin 
en ancien français puis de l'ancien français au français moderne. L'avantage du plan ci-dessus, c'est que 
vous avez en un seul coup d'œil les trois paradigmes, ce qui permet de ne pas oublier des étapes dans les 
faits à commenter.

COMMENTAIRES POUR UNE ÉTUDE DIACHRONIQUE 
Étude des désinences

FUTUR II (conditionnel)
Cf.  Étude diachronique des désinences de l'imparfait.

FUTUR I (futur simple)

I) Paradigme en LC / en LV  / en AF / en FM

LV AF FM
*-Ayyo
*-As
*-At
*-Emus
*-Etis
*-Aunt
-ai
-as
-a(t)
-ons
-oiz/-ez
-ont
-ai
-as
-a
-ons
-ez
-ont

II) Du latin à l'ancien français
En LC, on avait le paradigme suivant : habeo, habes, habet, habemus, habetis, habent.
Il y a eu, à toutes les personnes, disparition du -h initial et du -b- intervocalique (précoce à P1, phonétique à P6, peut-être due 
à la fréquence d'emploi à P2 et P3, avec aphérèse de la première syllabe à P4 et P5).

P1
Effacement de la voyelle finale au VIIe.
Réduction de la géminée puis vocalisation au IXe, formation d'une diphtongue de coalescence ai qui évolue normalement 
en e ouvert au XIIe, graphié ai ou é.

P2, P3
Non-diphtongaison de la voyelle tonique, qui reste inexpliquée.
Amuïssement de -t final entre le IXe et le XIe, phonétiquement puis graphiquement.
Amuïssement phonétique de -s final mais maintien graphique comme marque désinentielle.

P4, P5
Désinences analogiques du présent de l'indicatif des verbes en -er.
-emus devait donner -eins, non attesté.
-etis donne phonétiquement -eiz / -oiz, concurrencée très tôt par -ez / -és.

P6
Extension générale de la désinence -unt à toutes les P6. Évolution phonétique normale de -aunt en -ont (réduction de la 
diphtongue au, nasalisation). Maintien graphique de -nt comme marque désinentielle.

III) De l'ancien français au français moderne

P1
Fermeture de la voyelle finale d'un degré
en e fermé.

P5
Maintien de la désinence en -ez
(contre -es ou -é).

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