LES POSSESSIFS

Les mots possessifs établissent un rapport de l'ordre de l'appartenance dans un sens large, entre une personne et un autre être. 
En ancien français, il existe deux séries : les prédéterminants possessifs, atones, et les adjectifs possessifs, toniques, qui peuvent se substantiver.
Il faut aussi distinguer les personnes simples, possesseurs de l'unité, et les personnes doubles, possesseurs de la pluralité.

PREMIÈRE PARTIE : RELEVÉ ET CLASSEMENT (Étude synchronique)

Classement des formes du passage : plan à adapter selon les formes présentes dans la passage à étudier.
Ne pas oublier les formes élidées.

I) Possessifs de l'unité

SÉRIE ATONE SÉRIE TONIQUE
MASCULIN FÉMININ MASCULIN FÉMININ
P1 P2 P3 P1 P2 P3 P1 P2 P3 P1 P2 P3

CSS

mes tes ses ma ta sa miens tuens suens meie/moie toue/teue soue/seue

CRS

mon ton son ma/me ta/te sa/se mien tuen suen meie/moie toue/teue soue/seue

CSP

mi ti si mes tes ses mien tuen suen meies/moies toues/teues soues/seues

CRP

mes tes ses mes tes ses miens tuens suens meies/moies toues/teues soues/seues

II) Possessifs de la pluralité

SÉRIE ATONE SÉRIE TONIQUE
MASCULIN FÉMININ MASCULIN FÉMININ
P4 P5 P6 P4 P5 P6 P4 P5 P6 P4 P5 P6

CSS

nostre vostre lor/leur nostre vostre lor/leur nostre vostre lor/leur nostre vostre lor/leur

CRS

nostre vostre nostre vostre nostre vostre nostre vostre

CSP

nostre vostre noz/nos voz/vos nostre vostre nostres/noz vostres/voz

CRP

noz/nos voz/vos noz/nos voz/vos nostres/noz vostres/voz nostres/noz vostres/voz

Commentaires
A une série marquant l'unité s'oppose une série marquant la pluralité.
Dès le bas latin, distinction entre formes fortes et formes faibles : la série atone est dû à l'emploi du possessif en position clitique dès le latin impérial, qui a entraîné la monophtongaison du paradigme dans cette position.
CSS masc. : parfois, présence d'un -s analogique.

DEUXIÈME PARTIE : ÉTUDE DU PARADIGME (Étude diachronique)

I) POSSESSIFS DE L'UNITÉ 

A) LES FORMES ATONES

LC LV AF FM
MASCULIN P1 meus
meum
mei
meos
*myus > *mos
*myum > *mom
*myi > *mi
*myos > *mos
mes
mon
mi
mes
mon

mes

P2 tuus
tuum
tui
tuos
*twus > *tos
*twum > *tom
*twi > *ti
*twos > *tos
tes
ton
ti
tes
ton

tes

P3 suus
suum
sui
suos
*swus > *sos
*swum > *som
*swi > *si
*swos > *sos
ses
son
si
se
son

ses

FÉMININ

P1 mea
meam
meae
meas
*mya > *ma
*mya > *ma
*meas > *myas > *mas
*myas > *mas
ma
ma
mes
mes
ma

mes

P2 tua
tuam
tuae
tuas
*twa > *ta
*twa > *ta
*tuas > *twas > *tas
*twas > *tas
ta
ta
tes
tes
ta

tes

P3 sua
suam
suae
suas
*swa > *sa
*swa > *sa
*suas > *swas > *sas
*swas > *sas
sa
sas
ses
ses
sa

ses

1) Du latin classique au latin vulgaire
Masculin
Dès l'époque latine, amuïssement du -m final mais maintien dans les mots monosyllabiques : François de la Chaussée suppose un maintien derrière -u- jusqu'à réduction des formes en monosyllabes.
Consonnification de la voyelle brève en hiatus
, puis amuïssement de celle-ci d'abord dans les formes où elle était suivi d'une voyelle de même timbre (vélaire pour -w-, palatale pour -y-) puis de façon analogique dans toutes les autres formes.
Féminin
Dès l'époque latine, amuïssement du -m final.
Remplacement de la finale -ae par *-as au CSP (cf. substantifs pour les explications).
Consonnification de la voyelle brève en hiatus
.
Par analogie avec le masc., réduction des formes par effacement du -w-.

2) Du latin vulgaire à l'ancien français
A certaines personnes, traitement de la voyelle comme une voyelle initiale donc maintien et évolution normale.
A d'autres personnes (devant -s final), traitement comme une voyelle finale, d'où l'affaiblissement en e sourd central (à noter que l'affaiblissement de o en e est problématique).
Nasalisation de la voyelle devant la consonne nasale.

3) De l'ancien français au français moderne
C'est le CR qui a dominé
.
Pour le féminin, il y a eu substitution du possessif masculin au possessif féminin élidé devant initiale vocalique, phénomène qui s'explique de plusieurs façons sans qu'aucun des faits ne soit à lui seul décisif : séquence bon(e) amie / bon ami a entraîné la confusion ; flottement sur le genre de certains substantifs ; prééminence visible du genre masculin sur le féminin ; une forme pleine a plus de tenue articulatoire qu'une forme élidée.

B) LES FORMES TONIQUES

LC LV AF FM
MASCULIN P1 meus
meum
mei
meos
meums
meum
meim
meoms
miens
mien
mien
miens
mien

miens

P2 tuus
tuum
tui
tuos
toums
toum
toim
tooms
tuens
tuen
tuen
tuens
tien

tiens

P3 suus
suum
sui
suos
swus > sus
swum > sum
swi > si
swos > sos
suens
suen
suen
suens
sien

siens

FÉMININ

P1 mea
meam
meae
meas
mea
meam
meas
meas
moie
moie
moies
moies
mienne

miennes

P2 tua
tuam
tuae
tuas
toa
toam
toas
toas
teue
teue
teues
teues
tienne

tiennes

P3 sua
suam
suae
suas
soa
soam
soas
soas
seue
seue
seues
seues
sienne

siennes

Comme pour le paradigme atone, maintien de -m final au masculin et non au féminin.
C'est l'accusatif singulier qui a conditionné l'évolution du paradigme. 

1) Du latin classique au latin vulgaire
Masculin
Extension de la nasale -m- à toutes les formes fortes.
Extension du timbre ouvert de P1 à P2 et P3 (u bref > o fermé refait en o ouvert).

Féminin
Extension du timbre fermé de P2 et P3 à P1.

2) Du latin vulgaire à l'ancien français
Évolution phonétique : diphtongaison ; nasalisation ; affaiblissement de la voyelle finale.

3) De l'ancien français au français moderne
Paradigme refait par analogie sur P1 masc.
P2, P3 masc. : fin XIIe.
P1 f. : XIIIe-XVe.
P2, P3 f. : XIIIe- XVIe.

II) POSSESSIFS DE LA PLURALITÉ 

A) LES FORMES ATONES

1) Du latin classique à l'ancien français
P4
CSS, CRS, CSP
noster, nostrum, nostri > nostre : évolution phonétique normale
amuïssement de -m final ; apparition d'un e sourd de soutien du groupe -tr- lors de l'amuïssement de la voyelle finale ou affaiblissement de-a finale pour le féminin.
CRP
contraction de la forme hors de l'accent, ce qui donne noz, à côté de la forme phonétique nostres.

P5
CSS, CRS, CSP
vester, vestrum, vestri > *voster, *vostru, *vostri par analogie avec P4 > vostre : évolution phonétique normale 
cf; supra.
CRP :voz
cf. P4

P6
Formes analogiques des fortes toniques.

2) De l'ancien français au français moderne
-s- implosif disparaît sans laisser de trace.
Ce sont les formes nos et vos qui se maintiennent au pluriel.

B) LES FORMES TONIQUES

1) Du latin classique à l'ancien français
P4

Maintien de la voyelle tonique entravée.
cf; supra pour les autres commentaires.

P5
cf. supra.

P6
illorum (o tonique long), génitif pluriel du démonstratif ille a servi de possessif pour P6.
Aphérèse, d'où illorum > lorum puis diphtongaison, d'où leur.

2) De l'ancien français au français moderne
-s- implosif est remplacé par l'accent circonflexe au XVIIe aux P4 et P5.

Pour P6, apparition d'un -s final dès le XIIIe pour le pluriel, généralisé au XVe.

CONCLUSION
Le système s'est simplifié. Le paradigme atone est resté très stable ; le paradigme tonique a subi le remaniement le plus large, obéissant à l'instinct simplificateur de la langue moderne.